Guide · 7 min de lecture · 2 octobre 2026
Expert-comptable en Suisse : titres, agrément, vérification
Expert-comptable diplômé, expert fiduciaire, brevet fédéral : ce que chaque titre suisse permet en 2026, l'agrément ASR, et comment le vérifier.

En Suisse, le titre d’expert-comptable protégé par la loi est « expert-comptable diplômé », un diplôme fédéral de niveau 8 du cadre national des certifications, et depuis le 1er octobre 2026 son titulaire peut y ajouter la mention « Professional Master » (SEFRI, 2026). Le mot « expert-comptable » employé seul, comme le mot « fiduciaire », ne garantit rien.
Ça piège facilement un patron qui compare deux bureaux. Il lit « expert-comptable » sur une plaquette, « brevet fédéral » sur une autre, et suppose que la première vaut mieux. Parfois oui. Parfois la première a recopié le vocabulaire français et la seconde emploie quelqu’un qui tiendra vos comptes plus sérieusement.
Quels titres fédéraux existent en comptabilité et en fiduciaire ?
Il y a deux étages. Le brevet fédéral sanctionne un examen professionnel, le diplôme fédéral un examen professionnel supérieur (art. 27 LFPr). Les deux se préparent en emploi, après plusieurs années de pratique.
| Titre | Niveau | Ce que la personne fait en pratique |
|---|---|---|
| Spécialiste en finance et comptabilité avec brevet fédéral | brevet | comptabilité, bouclement, salaires, TVA d’une PME |
| Spécialiste en fiduciaire et en conseil avec brevet fédéral (anciennement agent fiduciaire) | brevet | comptabilité, impôts et droit pour les clients d’une fiduciaire |
| Expert fiduciaire diplômé | diplôme fédéral | direction d’une fiduciaire, conseil aux PME, fiscalité, succession |
| Expert fiscal diplômé | diplôme fédéral | fiscalité complexe, restructurations |
| Expert diplômé en finance et en controlling | diplôme fédéral | finance d’entreprise, contrôle de gestion |
| Expert-comptable diplômé | diplôme fédéral | révision, normes comptables, évaluation d’entreprise |
Pour tenir la comptabilité d’une Sàrl de cinq personnes, un brevet suffit. Le diplôme fédéral devient utile quand le dossier dépasse la tenue des livres : une transmission, une restructuration, un contrôle des comptes.
Que peut faire un expert-comptable diplômé qu’un titulaire de brevet ne peut pas ?
La différence se joue sur la révision. Une société tenue à un contrôle restreint doit désigner un réviseur agréé, une société tenue à un contrôle ordinaire un expert-réviseur agréé (art. 727b et 727c CO). L’agrément est délivré par l’Autorité fédérale de surveillance en matière de révision (ASR), et ses conditions sont écrites dans la loi sur la surveillance de la révision.
Pour devenir expert-réviseur (art. 4 LSR) :
- l’expert-comptable diplômé remplit la condition de formation et de pratique avec son seul diplôme ;
- l’expert fiduciaire, l’expert fiscal ou l’expert en finance et controlling diplômé doit justifier en plus de cinq ans de pratique ;
- le titulaire d’un brevet de spécialiste en finance et comptabilité ou d’agent fiduciaire, ou d’un diplôme HES ou universitaire en gestion, économie ou droit, doit en justifier douze.
Les deux tiers de cette pratique doivent avoir été acquis en comptabilité et en révision sous la supervision d’un expert-réviseur agréé. Pour l’agrément simple de réviseur, celui qui suffit au contrôle restreint de la plupart des PME, une de ces formations et une année de pratique suffisent (art. 5 LSR).
Autrement dit, un titulaire de brevet avec un an d’expérience en révision peut déjà réviser les comptes de votre Sàrl. Et beaucoup de petites sociétés n’en ont pas besoin du tout : avec dix emplois à plein temps au plus et l’accord de tous les associés, la société peut renoncer au contrôle restreint (art. 727a CO).
Expert-comptable français, expert-comptable suisse : à qui avez-vous affaire ?
En France, l’expert-comptable inscrit à l’Ordre tient les comptes des PME, et lui seul en a le droit. En Suisse, personne n’a ce monopole : n’importe qui peut tenir des livres. Un professionnel formé en France peut donc travailler dans une fiduciaire romande sans rien demander à personne.
Il ne peut pas, en revanche, porter le titre suisse sans reconnaissance de son diplôme par le SEFRI. Pour l’agrément de réviseur, la loi lui demande en plus une pratique équivalente, la connaissance du droit suisse, et un traité ou la réciprocité avec son pays d’origine (art. 4 al. 2 let. d LSR).
Quand une plaquette dit « expert-comptable » sans « diplômé », posez donc une question simple : de quel pays vient le diplôme ? Un diplôme français ne disqualifie personne, mais vous saurez si la TVA suisse et l’impôt vaudois ont été appris à l’école ou sur le tas.
« Professional Master » : la mention apparue le 1er octobre 2026
La réforme de la formation professionnelle supérieure est entrée en vigueur le 1er octobre 2026. Elle crée deux compléments de titre : « Professional Bachelor » pour les brevets fédéraux et « Professional Master » pour les diplômes fédéraux.
Selon la FAQ du SEFRI, le complément s’ajoute après le titre protégé, séparé par une virgule, quelle que soit l’année d’obtention du diplôme. Le titulaire d’un diplôme de 2010 peut donc écrire dès aujourd’hui « Expert-comptable diplômé, Professional Master ». Il peut demander un nouveau supplément au diplôme qui l’atteste, pour 80 francs.
Le complément n’ajoute aucune compétence. Il sert surtout à rendre le titre lisible pour un client ou un employeur étranger. Mais il a une règle d’usage stricte : employé seul, sans le titre protégé devant, il est illicite. Un profil qui affiche « Professional Master in Accounting » sans aucun titre suisse doit vous faire poser la question du diplôme.
Comment vérifier le titre d’une fiduciaire avant de signer ?
Commencez par le registre public de l’ASR si vous avez besoin d’un organe de révision. Il est gratuit et se consulte par nom.
Ensuite, cherchez la personne et pas seulement l’entreprise. Aucune des pages que j’ai lues pour préparer ce guide ne le dit. Une entreprise de révision est agréée dès qu’un cinquième des personnes qui fournissent ses prestations de révision le sont, et que celles qui dirigent les mandats le sont aussi (art. 6 LSR). L’agrément de la société ne vous dit donc pas si le collaborateur qui ouvrira votre dossier en a un. Demandez qui signera le rapport, puis cherchez ce nom-là.
Pour les titres sans agrément (brevet, expert fiduciaire), il n’existe pas de registre public consultable en ligne. Le plus simple est de demander une copie du diplôme. Une fiduciaire sérieuse ne s’en offusque pas, et la loi joue pour vous : quiconque porte un titre protégé sans avoir réussi l’examen, ou un titre qui donne l’impression de l’avoir réussi, est puni de l’amende (art. 36 et 63 LFPr).
Le guide pour choisir une fiduciaire en Suisse romande donne les cinq questions du premier rendez-vous. Celui qui compare une fiduciaire et un comptable indépendant aide à décider quel niveau de titre vous faut réellement.
Devenir expert-comptable ou expert fiduciaire : durée et coût
Pour ceux qui veulent passer le titre plutôt que l’engager, les organisateurs publient ces chiffres pour 2026.
L’expert-comptable diplômé se prépare chez EXPERTsuisse, à Lausanne, Olten ou Zurich : trois ans d’études en emploi et un an de pratique, dès 33’750 francs, rentrée le 1er avril (prochaine volée en 2027, inscription jusqu’au 31 janvier). La Confédération rembourse jusqu’à 50 % des frais de cours, au plus 10’500 francs.
En Suisse romande, le diplôme d’expert fiduciaire se prépare chez Romandie Formation : 21 mois pour 22’900 francs, admission sur brevet ou diplôme HES et trois ans de pratique, prochaine session en septembre 2027. Le brevet de spécialiste en fiduciaire et en conseil y coûte 16’900 francs sur 18 à 22 mois, et son nouveau règlement d’examen entre en vigueur le 1er janvier 2027.
Quel titre exiger selon ce que vous confiez ?
Mon avis : ne payez pas un titre dont vous n’aurez pas l’usage. Pour une raison individuelle ou une petite Sàrl qui a renoncé à la révision, un brevet fédéral dans l’équipe et quelqu’un qui connaît votre branche suffisent. S’il vous faut un contrôle restreint, exigez un réviseur agréé, vérifié par son nom. Le diplôme fédéral se paie le jour où vous vendez, transmettez ou restructurez l’entreprise.
La recherche de l’annuaire liste les fiduciaires romandes par ville et par prestation, à partir du Registre du commerce et sans classement payant. Les bureaux qui proposent la révision des comptes sont regroupés par canton, et une demande groupée vous évite de rappeler dix bureaux pour la même question.
Sources : Loi sur la surveillance de la révision (LSR), RS 221.302, art. 4, 5 et 6 (état au 1er octobre 2026) · Code des obligations, RS 220, art. 727a, 727b et 727c (état au 1er janvier 2026) · Loi sur la formation professionnelle (LFPr), RS 412.10, art. 27, 28, 36 et 63 (état au 1er octobre 2026) · SEFRI, FAQ « paquet de mesures formation professionnelle supérieure » : diplômés, consultée le 02.10.2026 · EXPERTsuisse, formation d’expert-comptable diplômé, consultée le 02.10.2026 · orientation.ch, spécialiste en fiduciaire et en conseil BF · Romandie Formation, diplôme fédéral d’expert fiduciaire, consultée le 02.10.2026 · Registre public de l’ASR.
Questions fréquentes
Quelle différence entre un expert-comptable et une fiduciaire en Suisse ?
La fiduciaire est une entreprise, et le mot n'est pas protégé. L'expert-comptable diplômé est une personne qui a réussi l'examen fédéral supérieur organisé par EXPERTsuisse. Une fiduciaire peut employer des experts-comptables diplômés, ou aucun : pour la comptabilité courante d'une PME, un brevet fédéral suffit largement.
Un expert-comptable français peut-il exercer en Suisse ?
Il peut travailler en comptabilité, aucun titre n'est exigé pour tenir des livres. Pour porter le titre suisse ou réviser des comptes, il doit faire reconnaître son diplôme par le SEFRI, et pour l'agrément de réviseur prouver une pratique équivalente et la connaissance du droit suisse, à condition qu'un traité ou la réciprocité le permette (art. 4 al. 2 let. d LSR).
Combien de temps faut-il pour devenir expert-comptable diplômé ?
EXPERTsuisse annonce trois ans d'études en emploi plus un an de pratique, quatre ans en tout, avec une rentrée par an le 1er avril (prochaine volée le 1er avril 2027). Le coût publié part de 33'750 francs, dont la Confédération rembourse jusqu'à la moitié, au plus 10'500 francs.
Que veut dire « Professional Master » après un titre ?
C'est un complément de titre introduit le 1er octobre 2026 par la réforme de la formation professionnelle supérieure. Il s'ajoute après un diplôme fédéral, séparé par une virgule : « Expert-comptable diplômé, Professional Master ». Il ne crée aucune compétence nouvelle et ne remplace pas le titre.
Ce guide est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé. Pour trouver une fiduciaire près de chez vous, utilisez la recherche ou parcourez l'annuaire par canton.
Une demande, plusieurs réponses
Vous décrivez votre situation une fois. Les fiduciaires en Suisse romande vous répondent.
Pas huit appels, pas de répondeur à midi, pas de rendez-vous pour s'entendre dire « ça dépend ». Vous écrivez trois lignes ce soir, vous comparez des offres écrites cette semaine, et vous choisissez à qui vous parlez.
- Uniquement des fiduciaires inscrites au Registre du commerce en Suisse romande. Pas d'intermédiaire, pas de « partenaire premium ».
- Nous transmettons le jour ouvrable même. Vous recevez les réponses directement, par e-mail ou téléphone, comme vous préférez.
- Gratuit et sans engagement. Votre demande ne part qu'aux fiduciaires retenues pour votre cas, jamais à une liste.
- Personne ne vous rappelle pour vous vendre autre chose. Vos coordonnées ne servent qu'à cette mise en relation.